Halloween : frayeurs et bouton de sangle

Halloween était la date parfaite pour un petit ascenseur émotionnel.

Je suis toujours stressé à l’idée de voir des outils s’approcher de mes guitares. J’ai beau admirer le travail des luthiers et leur faire confiance, j’ai peur. Par le plus grand des hasards, j’ai décidé de m’infliger cette frayeur le jour où tout le monde joue à se faire peur : Halloween. Mais, il me fallait un bouton de sangle (strap pin) pour ma nouvelle Martin. Je n’aime pas jouer assis et, quand je le fais, mon dos me le rappelle assez rapidement.

Au Guitar Summit, sur le stand Martin, alors que je prenais quelques renseignements concernant les réglages et la lutherie, on m’a annoncé une excellente nouvelle : un luthier avait rejoint l’équipe d’Omega Music à Liège, où il travaille désormais quelques jours par semaine. 

Évidemment, certains puristes tremblent à l’idée de défigurer une guitare avec des boutons de sangle ou pire un microphone interne. Mais ce sont aussi des outils, de beaux outils, mais des outils.

Martin OM 28 Custom

Martin OM 28 Custom

Salut, on se connaît ?

Par le plus grand des hasards, je l’avais déjà rencontré quelques années auparavant, lorsque j’avais eu l’occasion de jouer sur sa toute première guitare, fabriquée à l’IFPAME de Limal, en compagnie de Paulo Loveri et Nicolas Gaul.

Ça fait plaisir de voir le chemin parcouru, d’autant que c’est à présent lui qui y enseigne. Largement de quoi me rassurer… en théorie. Mais si la peur était rationnelle, ça se saurait. 

Je ne devrais pas m’inquiéter, mais c’est plus fort que moi : je pose quand même mes bêtes questions. Talon ou base du manche ? Le trou sera préforé ? La vis sera collée ?

Verdict : préforage, fixation au talon et pas de colle, histoire de ne pas compliquer d’éventuelles interventions futures.

L’arbre qui cache le foret

Après avoir passé ma guitare par-dessus le comptoir et choisi un bouton chromé, « ni trop grand, ni trop petit ». J’en profite pour faire un tour dans le magasin. Outre les électriques, il y a une belle collection de guitares acoustiques, notamment chez Martin et Eastman, quelques OM, dont la jolie OMJM John Mayer, et largement de quoi satisfaire tout le monde en matière de câbles, de sangles et d’accessoires. (Non, ils ne me sponsorisent pas.)

Pour décrire mon état d’esprit à cet instant, imaginez que vous venez de confier votre petit chien au vétérinaire pour une opération et que vous attendez des nouvelles en feuilletant distraitement un magazine auquel vous faites semblant de vous intéresser. Ma Lovely Roadie ne manque pas de me vanner lorsque je commence à m’inquiéter de la durée de l’intervention. Apparemment, le plus long n’était pas de percer le trou, mais de retrouver le foret du bon diamètre dans l’atelier.

Finalement, tout s’est bien passé, malgré la coïncidence avec la journée de la peur. Je souffle un peu. La guitare est intacte, le bouton est en place et je peux enfin jouer debout.

Halloween : frayeurs et bouton de sangle

Halloween : frayeurs et bouton de sangle

Un trou de quelques millimètres. Beaucoup d’émotions pour Halloween. Et une Martin qui n’aura même pas eu besoin d’anesthésie, juste un guitariste qui a besoin d’un petit remontant.

Pour un microphone, on verra… pas encore décidé.

Acheter une Martin OM-28 Wild Grain en « pleine conscience »

J’aurais pu intituler cet article « Et voici, monsieur le juge, comment tout a commencé… ». Après mon escapade en amoureux au GUITAR SUMMIT 2026, je me retrouve donc avec une superbe guitare, une Martin OM-28.

Si ta vie est merdique, achète une guitare. Ta vie sera toujours merdique, mais au moins tu auras une guitare.

Martin OM 28 Wild grain vision (photo Musifacts)

Martin OM-28 Wild grain vision (photo Musifacts)

Le plan A

Au départ, je comptais surtout regarder les guitares de voyage, ou des modèles compacts et entrée de gamme comme les Martin Streetmaster JRE par exemple. Accessoirement, je comptais jeter un œil (et une oreille) sur les pédales AFX de chez Fishman, et les amplis chez Fishman et AER. Rien de bien foufou, en somme.

L’autre guitare qui me trottait en tête était la Martin SC-28 E, un outil musical hypermoderne bourré d’innovations. Je l’aurais volontiers réessayée pour me refaire une idée de sa prise en main et de sa projection sonore. J’aurais aimé l’entendre amplifiée éventuellement, pour réévaluer le pickup LR Baggs Anthem monté de série dedans.

Je n’ai d’ailleurs pas vu de réelle innovation côté pickup, piézo et compagnie. Les fabricants semblent avoir arrêté le combat entre les capteurs piézoélectriques et magnétiques (et leurs insuffisances), les microphones (et leurs défauts) et les simulations sonores traitées numériquement (et leur insupportable perfection) ou une hybridation de ces solutions (et sa complexité de mise en œuvre). Good enough ?

On mange joue aussi avec les yeux

Cherchant des yeux une Martin SC-28E sur le stand de Musifacts, mon œil est attiré « naturellement » par une séduisante guitare avec une table en épicéa de Sitka, dos et éclisses en palissandre indien (ou un bois semblable), un cutaway et des finitions de type 28 (herringbone).

Martin OM 28 Wild grain vision (photo Musifacts)

Martin OM-28 Wild grain vision (photo Musifacts)

Après un moment d’hésitation, j’ai pris possession d’un tabouret, puis la guitare en main (après avoir timidement demandé le droit de la tester). Peut-être un peu trop spectaculaire de prime abord à mon goût. J’aime bien un côté minimaliste pour la finition d’une guitare. Certainement un peu trop rétro aussi, alors que j’étais parti avec l’envie d’une guitare hypermoderne en tête.

Mais sous cet aspect un peu vintage se cachait la modernité du profil du manche, avec une jouabilité incroyable. La légèreté et la réponse époustouflante m’ont cueilli.

La fiche technique

C’est un modèle Custom Shop à la finition particulièrement soignée et aux spécifications plutôt impressionnantes. J’ai retrouvé sa fiche technique en ligne. Elle est un peu longue et fleure parfois bon le catalogue commercial, mais elle permet de comprendre ce qui se cache sous le capot boisé de la belle :

La Martin OM-28 Custom « The Wild Grain Vision » associe le savoir-faire traditionnel de Martin à des bois soigneusement sélectionnés et à une jouabilité moderne pour créer une guitare Orchestra Model exclusive, offrant une profondeur sonore et une dynamique remarquables.

Martin OM 28 Wild grain vision (photo Musifacts)

Sa table massive en épicéa Sitka finement veiné avec finition Aging Toner offre une réponse rapide, des aigus brillants et un équilibre sonore exceptionnel. Associée au dos et aux éclisses en Wild Grain East Indian Rosewood, la OM-28 Custom développe un son riche et harmonieux avec des basses chaleureuses, des médiums transparents et les harmoniques scintillantes caractéristiques de ce bois prestigieux.

Le barrage scallopé en épicéa Adirondack favorise une résonance ouverte et procure une projection impressionnante, une large dynamique et une réponse particulièrement vivante. La caisse OM offre un équilibre idéal entre confort, précision et polyvalence, parfaitement adapté au fingerstyle, au flatpicking et au jeu acoustique expressif.

La touche en ébène noir avec incrustations classiques – diamonds and squares – garantit une jouabilité fluide et précise sur l’ensemble du manche. Le chevalet assorti en ébène noir ainsi que le logo Old Style Gold sur la tête complètent cette élégante configuration.

Le profil de manche Golden Era Modified Low Oval offre une jouabilité moderne tout en conservant les sensations traditionnelles Martin, aussi bien pour le fingerpicking délicat que pour les rythmiques dynamiques. La finition brillante met magnifiquement en valeur le veinage spectaculaire du Wild Grain East Indian Rosewood.

Une hésitation d’un jour et une nuit

Je suis passé la revoir quelques fois, en m’enquérant de la possibilité de l’acheter, ce qui n’était pas si évident. Finalement, comme il s’agit tout de même d’un achat sérieux, j’ai décidé de jouer plus longuement sur cette OM. Ma Lovely Roadie a même fini par me demander, un peu gênée, si j’allais vraiment jouer tout mon set dessus.

Dans le brouhaha d’un salon, il faut évidemment un peu tendre l’oreille. Il ne suffit pas de gratter trois accords low key en première position. Je voulais en avoir le cœur net : réponse, intonation, justesse, inflexions, musicalité, jouabilité. Avant ma décision finale, j’ai alterné morceaux dynamiques, rock acoustique, ballades, ambiances celtiques, blues rugueux et ragtime syncopé.

Objectif : la confronter à ma palette technique et musicale sans retenir mon jeu, onglets compris. Le risque était de la sous-jouer et de ne découvrir qu’une fois rentré à la maison ses limites : compression lorsqu’on la pousse, manque de projection, dynamique insuffisante ou notes qui se brouillent dans les passages chargés.

RAS, mon capitaine, elle coche toutes les cases.

Alors, heureuse ?

Amusant, finalement, d’avoir eu l’œil attiré par une guitare surnommée « The Wild Grain Vision ». Un joli clin d’œil du hasard.

J’attends encore l’étui hardshell d’origine qui doit me parvenir. Ils peinaient à le retrouver au milieu de la cinquantaine d’étuis vides stockés dans le camion. Ils m’ont prêté un gigbag pour le transport. Je considérerai le dossier définitivement clos quand ce détail sera réglé.

Ça ne m’a pas empêché de passer déjà quelques longs instants en tête-à-tête avec mon petit coup de folie. Le son est superbe et je ne me lasse pas de la jouabilité de ce manche.

Aucun regret.

Mon Guitar Summit 2026

Le Guitar Summit, organisé chaque année à Mannheim en Allemagne, est l’un des grands rendez-vous européens consacrés à la guitare et à la basse. Pendant trois jours, le Rosengarten rassemble fabricants, luthiers, musiciens et passionnés autour de centaines de marques, avec des instruments à essayer, des nouveautés, des effets, des amplis, des accessoires, mais aussi des concerts, masterclasses, ateliers et conférences. Bref, une sorte de NAMM à l’européenne, plus compact et très orienté vers les guitaristes : le temps d’un week-end, Mannheim devient un peu le « NAMM »-hein de la guitare.

Guitar Summit 2026

Guitar Summit 2026

  • Mes objectifs : le faire, une fois dans ma vie.
  • Mes craintes : surreprésentation des guitares électriques, ne pas oser tester des instruments ou être trop timide pour aller vers les exposants.

Le départ vers le Guitar Summit

Comme tant de bonnes choses, ça a plutôt mal commencé. Ma Lovely Roadie, qui m’avait offert les places pour le salon de la guitare de Mannheim, a été victime d’un petit virus qui a transformé son estomac en boomerang. Après une nuit et une matinée compliquées, j’ai cru que j’allais devoir annuler, mais son état s’est amélioré en cours de journée et on a pu se mettre en route malgré un passager un peu patraque. Voilà ce qu’on appelle un excellent départ pour affronter les redoutables food trucks allemands.

Histoire de ne pas faire les choses à moitié, j’avais un pass de trois jours, avec hôtel à 100 m du Guitar Summit, petit-déj., des vouchers repas aux food trucks et des goodies. Une fois débarrassé de la voiture et des bagages, en route pour récupérer goodies et T-shirts. À propos, je portais un T-shirt jaune bouton d’or barré d’un ‘DON’T PANIC » rouge. L’exact opposé de mon sentiment intérieur, mais cette tenue a été un parfait icebreaker pour mon premier jour. J’ai reçu une petite dizaine de commentaires élogieux ce soir-là. C’est d’ailleurs amusant comme au milieu d’une forêt de gens vêtus du classique noir look stage ou backstage, les gens apprécient autant une note de couleur. Faites revenir de la couleur dans ce monde.

Un premier tour très intimidé

Ceux qui me connaissent sont au courant de ma phobie sociale. J’ai commencé par un tour de repérage très timide de l’ensemble du salon. En effet, dans un ratio de 70/30, je jalouse quelque peu les guitaristes électriques et tous leurs gadgets à lampes et boutons et leurs tours d’amplis… et puis des guitares de toutes formes et couleurs. Dont certaines très amusantes à regarder.

Mais en tant qu’« acoustic snob », je craignais de ne pas voir assez de stands consacrés aux guitares acoustiques, mais loin s’en faut :

C.F. Martin & Co., Bourgeois Guitars, Atkin Guitars, Lowden Guitars, Furch Guitars, Lakewood, Iris Guitar Company, Cole Clark Guitars, Santa Cruz, Avalon Guitars, Dowina Guitars, BSG Handmade Guitars, Duke Guitars, Cuntz Guitars, Hanika Gitarren, Kremona Guitars, Cordoba, Guild, Cort, Finger Guitars, La Mancha Guitars, Lâg, Admira, Esteve Guitars, Juan Hernandez Guitars, Vicente Carrillo, Manuel Rodriguez, Yulong Guo, Wolfensberger Guitars, Lucenò Guitars, Can Oral Guitars, Daniel Ott Guitars, König Guitars, Kopo Guitars, LS Guitars, Dejawu Guitars, Heeres Guitars, Herbst Gitarrenbau, Yamaha, Dean, Luna, Donner, Aria Pro II.

Guitar Summit

Guitar Summit

Entre les grands noms, on trouvait aussi des productions plus modestes. Des accessoires pour guitaristes comme des cordes, capodastres, sangles, étuis et amplification, ainsi que du bois et du matériel de lutherie. 

J’aurais aimé voir un peu plus d’amplification acoustique et peut-être des microphones dédiés. Le stand AER était modeste (mais on m’y a reconnu pour ma collab avec Jacques Stotzem). Ma présence scénique n’est pas suffisante pour justifier l’achat d’un autre ampli pour l’instant. Un jour, qui sait.

Si on écoutait un peu de musique ?

Les concerts acoustiques du vendredi étaient parfaits pour se mettre dans le bain. 

Mary Spender, que j’avais envie de voir en live depuis longtemps. C’est une guitariste, auteure-compositrice-interprète et youtubeuse britannique. Son univers mélange folk, blues, rock et Americana, avec une place importante accordée au fingerstyle, aux arrangements guitare-voix et à un jeu parfois assez percussif. Elle a une voix soyeuse et un solide jeu de guitare. Il émane d’elle quelque chose de généreux et d’authentique qui me plait beaucoup.

Mary Spender @ Guitar Summit

Mary Spender @ Guitar Summit

Ensuite, Andy McKee, l’une des grandes figures du fingerstyle acoustique moderne. Il s’est fait connaître mondialement au milieu des années 2000 grâce à ses vidéos sur YouTube, en particulier « Drifting », où il combine tapping à deux mains, harmoniques, lignes de basse et percussions sur la caisse. Des morceaux comme Rylynn, For My Father ou Ebon Coast montrent son côté beaucoup plus mélodique, bien plus présent dans son set qu’on ne pense, et je ne m’en plains pas. Je l’avais vu en concert, il y a longtemps, et le voir, notamment en duo avec Don Ross était aussi un point fort de mon vendredi.

Andy Mc Kee & Don Ross @ Guitar Summit

Andy Mc Kee & Don Ross @ Guitar Summit

Ma zone de confort n’est pas toujours confortable

Poussé dans le dos par ma Lovely Roadie, je me décide samedi « enfin » à poser mes grosses pattes sur des instruments. Histoire de sortir de ma zone de confort inconfortable pour ne pas être venu « pour rien ». Sans oublier de décaler la boucle de ma ceinture sur le côté du pantalon pour ne pas abîmer les instruments.

Par curiosité, j’ai joué sur une Silent guitar de chez Yamaha. Quelle évolution ! La mienne doit avoir une quinzaine d’années au moins, le préampli est mort et elle me sert dans mes séances d’écriture ou d’échauffement mécanique. Les nouveaux modèles ont vraiment un magnifique son très authentique au casque. Le modèle Nylon est très plaisant également.

Yamaha Silent Guitar

Yamaha Silent Guitar

J’ai également testé quelques très bons ukulélés en Koa chez Voggenreiter et Flight Ukuleles. Chez Flight, ils avaient un modèle intéressant avec un système d’effets fonctionnant sans ampli (reverb et écho qui utilisent la caisse de résonance pour s’ajouter au son de l’instrument, intéressant, pas forcément ma came).

Ukulele @ Guitar Summit

Ukulele @ Guitar Summit

The place to be

Sur ce salon, j’ai croisé des stars reconnaissables entre toutes. Par exemple, Pierre Journel de la Chaîne Guitare qui arpente industrieusement les travées du Guitar Summit et dont les interviews vont sûrement raviver des souvenirs et susciter l’un ou l’autre regret de trucs que j’aurai manqués. 

Pas mal de blogueurs, vlogueurs sont en route, caméra et micro en main, c’est parfois un peu embêtant pour l’accès aux stands, quand on ne veut pas passer entre un objectif et son sujet. Je ne sais pas combien sont accrédités et combien sont amateurs. Chacun veut se montrer, réseauter et se vendre. Gratter un peu de miel de la ruche, c’est le jeu. De mon côté, pas de vlog, pas de vidéo, pas d’appareil photo, des photos floues et mal cadrées, juste une envie de vous raconter mon expérience. Je suis un guitariste qui roule pour raconter ma passion. 

Des concerts silencieux, au casque

Particularité du Guitar Summit, j’ai assisté à des concerts masterclass au casque. C’est amusant. Au milieu du brouhaha du salon, l’artiste sur scène joue pour un public portant des casques. C’est impressionnant. Et ça fonctionne bien. Mes oreilles me disent que sous-mixer un poil de reverb pour rendre la géométrie de la salle irait chercher le dernier carat d’immersion.

Pour améliorer encore un peu l’expérience, il faudrait aussi mettre les pompeurs manouches à un autre endroit. Malgré le casque bien isolant, on les entendait, notamment pendant la prestation de Mary Spender.

Au casque, j’ai assisté à Don Ross et Julia Malia, un sympathique duo qui mélange le groove de Don et la légèreté de Julia Malia (pensez « la belle et la bête » #cliché). J’ai également vu Mary Spender et Andy McKee dans une session plus proche du public que celle du vendredi.

Don Ross & Julia Malia

Don Ross & Julia Malia

J’ai aussi fait des haltes sporadiques à cette scène pour m’asseoir et écouter quelques musiciens classiques présentant des instruments et demandant au public de voter pour leur préféré.

Samedi, au Guitar Summit, c’est le drame

Pour mon plus grand malheur, j’ai pris en main un modèle du Custom Shop Martin. Bam, une OM légère avec un cutaway, des bois sélectionnés et très qualitatifs, des finitions style 28, un manche confortable malgré des cordes light et un son et une réactivité incroyables.

Martin OM @ Guitar Summit

Martin OM @ Guitar Summit

Il faut dire que mes achats de guitares ont toujours été des concours de circonstances. La première, une Takeharu, était liée à un budget de jeune un peu serré. Mon OM Dana Bourgeois était un rachat d’occasion à Jacques, une opportunité pour moi d’acheter une meilleure guitare pour élever mon jeu. Ma Martin OM21, je l’ai achetée sur la base d’une description technique pour avoir une machine de scène, ma picking machine. De bonnes guitares, arrivées au bon moment de ma vie, mais peu de coups de foudre ou d’amour spontané dans tout ça.

Combien de guitares faut-il à un guitariste ?

J’ai passé le reste du week-end du Guitar Summit à essayer de l’oublier en testant d’autres instruments. J’ai été moins emballé par tout ce que j’ai pris en main après. Trop douce, pas assez réactive, encore trop fermée, un manche en D trop marqué. 

L’histoire raconte qu’il y a au moins trois instruments dans la vie d’un guitariste. Sa première guitare, celle qu’il joue et celle qu’il veut. Combien en faut-il ? Une de plus !

Surtout, j’ai besoin d’une petite guitare simple pour donner cours et répéter hors de chez moi. Ou de remplacer ma Silent Guitar. C’est un peu raté.

Les manœuvres honteuses du dimanche

Le souci, c’est que la vente d’instruments n’est, assez paradoxalement, pas autorisée pendant le Guitar Summit. Je ne comprends pas, mais j’imagine que c’est pour une question de pouvoir maîtriser les entrées et sorties de matos.

Il a donc fallu manœuvrer pour extraire la guitare de l’inventaire importateur du salon. Pour un modèle de série, on ne l’aurait pas fait. Mais, pour un modèle Custom Shop assemblé à Nazareth aux USA, une pièce unique par définition, c’est compliqué. Cette guitare risquait de disparaître dans l’un ou l’autre stock ou chez un revendeur à l’autre bout de l’Allemagne ou ailleurs.

En bref, il a fallu que l’importateur la remette à un dealer-revendeur, que le revendeur la mette à son catalogue et qu’il me la vende pour ensuite me la livrer sur le parvis du salon. Rien d’illégal, mais pas très réglementaire. Mais, c’est amusant d’avoir rendez-vous dans le parking avec un dealer… de guitares. Un ukulélé a suivi le même chemin. On s’est bien fait engueuler, en allemand en plus; mais je m’en fous, je voulais cette guitare.

J’espère que personne n’aura d’ennuis. Attendu que sur l’un ou l’autre stand on m’a dit que tel ou tel instrument était « vendu », j’imagine que ce n’est pas exceptionnel non plus.

Le butin

  • des stickers
  • j’ai passé mon tour pour les médiators, j’en utilise peu, néanmoins il y a moyen de se fournir gratuitement pour toute une vie
  • des thumb picks et finger picks
  • des cordes et des produits d’entretien gagnés à des concours
  • des T‑shirts de merch
  • J’ai acheté un lutrin pliant ultraléger chez Miniput pour papier, iPad et smartphone
  • un ukulélé concert Voggenreiter en Koa
  • une guitare Martin OM

Le bilan

Je venais au Guitar Summit avec deux craintes : celle de trouver un salon essentiellement consacré à la guitare électrique et celle de rester trop intimidé pour vraiment profiter des instruments et aller à la rencontre des exposants. Deux craintes qui se sont révélées largement infondées.

Les guitaristes acoustiques ont largement de quoi s’occuper, entre les grandes marques, les petits luthiers, les accessoires, les concerts et les masterclasses. Sans doute que deux jours suffiraient, avec un dernier jour raccourci pour effectuer les achats d’accessoires (mais pas d’instruments, c’est interdit !). Le pack complet avec hôtel proche du Rosengarten et les vouchers repas des food trucks inclus est aussi bien pensé. Ça permet d’oublier complètement la logistique et de s’immerger dans le salon, en se reposant entre les tournées des stands.

Concernant ma timidité… je suis passé d’un premier tour où je n’osais pratiquement toucher à rien à l’achat « hors des clous » d’une Martin Custom Shop et d’un ukulélé sur le parking du salon. On peut considérer que j’ai légèrement progressé. Merci ma Lovely Roadie. J’ai essayé des instruments, découvert des fabricants que je connaissais peu, écouté des guitaristes que j’admire et, surtout, pris beaucoup de plaisir à passer trois jours entouré de gens qui partagent la même passion. C’était agréable de débrancher la télé de ma vie et d’errer dans les travées du Guitar Summit, entouré de gens dont les yeux brillent de la même passion que moi.

Mon objectif était de faire le Guitar Summit au moins une fois dans ma vie.
Verdict : à faire au moins une fois dans sa vie. Et, probablement plus d’une.

C’est la rentrée musicale, le moment de reprendre la guitare

David van Lochem au studio

David van Lochem au studio

Septembre. Les vacances se terminent et quelque part dans la maison, une guitare nous regarde avec un léger air de reproche. Enfin, ça, c’est peut-être moi qui projette.

L’été est rarement la période la plus structurée pour travailler son instrument. On joue un peu dehors, on emporte éventuellement une guitare en vacances, on gratouille trois morceaux entre deux apéros et on se promet qu’« à la rentrée, on va s’y remettre sérieusement ».

 

Reprendre là où on est vraiment

Après quelques semaines de pratique irrégulière, certaines choses reviennent immédiatement. D’autres beaucoup moins. Un morceau que je pensais parfaitement connaître s’est mystérieusement débarrassé de quatre mesures. Un passage rapide est devenu nettement moins rapide. Certains doigtés semblent avoir été conçus par quelqu’un qui me déteste personnellement.

Tablature et solfège soignés

C’est normal. La première étape consiste donc simplement à refaire l’inventaire.

  • Quels morceaux puis-je encore jouer correctement ?
  • Lesquels demandent un petit rafraîchissement ?
  • Lesquels sont devenus des chantiers archéologiques ?

Inutile de reprendre immédiatement tout son répertoire depuis la première mesure. Quelques morceaux bien choisis permettent déjà de remettre les doigts et le cerveau en mouvement.

Vingt minutes valent mieux que deux heures

Travailler au métronomeJe l’ai déjà constaté souvent : on surestime ce qu’on peut accomplir pendant une grosse séance et on sous-estime complètement ce que vingt ou trente minutes quotidiennes peuvent produire pendant plusieurs mois.

Le problème n’est généralement pas de trouver deux heures pour jouer de la guitare. Le problème est justement qu’on attend d’avoir deux heures. Et comme elles n’arrivent jamais, on ne joue pas. Une petite séance peut largement suffire :

  • quelques minutes pour délier les doigts ;
  • un passage technique réellement difficile ;
  • un morceau du répertoire ;
  • quelques minutes consacrées à quelque chose de nouveau.

Ce n’est pas spectaculaire. Mais la progression musicale se nourrit assez mal de spectaculaire. Elle préfère la répétition.

Choisir un vrai objectif de rentrée

« Jouer mieux de la guitare » n’est pas un objectif. C’est à peu près aussi précis que « devenir quelqu’un de meilleur ». Je préfère choisir quelque chose de concret pour les prochains mois. 

  • Apprendre un morceau qui me résiste.
  • Terminer une composition.
  • Améliorer un arrangement.
  • Travailler sérieusement le rythme.
  • Remettre quelques morceaux de concert au propre.
  • Ou simplement parvenir à jouer cinq morceaux d’affilée sans s’arrêter à la première petite erreur.

Ce dernier point paraît anodin, mais jouer un morceau et savoir interpréter un morceau sont deux choses assez différentes.

Petite piqûre de rappel : travailler sans métronome, c’est jouer,… pas travailler.

Travailler au métronome

À la maison, on peut recommencer vingt fois une mesure.

Sur scène, la mesure est déjà passée. Il faut continuer avec dignité en espérant que personne n’a remarqué le carnage. C’est une compétence qui se travaille aussi. Ce qui m’amène au point suivant.

Planifier votre retour, rejouer pour quelqu’un

Il y a aussi une chose que j’aimerais continuer à faire : jouer devant des gens. Pas nécessairement sur une grande scène. Un concert, une petite scène ouverte, quelques amis, une vidéo enregistrée d’une traite : dès qu’il existe un auditeur, même virtuel, notre manière de jouer change.

  • On découvre les morceaux qu’on connaît réellement.
  • Et ceux qu’on croyait connaître.
  • La petite hésitation que l’on tolère depuis six mois devient soudain gigantesque lorsqu’on sait que quelqu’un écoute.

C’est parfois cruel, mais remarquablement efficace. Alors pour la rentrée, je ressors les guitares, je vérifie l’accordage, je remets quelques morceaux sur le pupitre et je recommence. Pas de grande résolution, juste un petit retour aux affaires.

Jouer. On verra bien jusqu’où cela nous mène.

David van Lochem au studio

David van Lochem au studio