La musique relaxante, ça m’énerff’

Pourquoi la musique « relaxante » m’énerve parfois

David van Lochem au studio

David van Lochem au studio

On nous répète souvent que certaines musiques sont naturellement relaxantes. Les playlists de spas, de centres de bien-être ou de salles d’attente suivent presque toujours la même recette : tempo lent, sons doux, harmonies simples et absence totale de surprise. Je comprends parfaitement pourquoi beaucoup de gens apprécient ce type de musique. Pourtant, chez moi, l’effet est souvent exactement inverse. Au lieu de me détendre, ces ambiances finissent par m’agacer, m’ennuyer ou me donner envie de changer de morceau au bout de quelques minutes.

Je ne pense pas que ce soit du snobisme musical. J’ai plutôt l’impression que cela tient à la façon dont mon cerveau écoute la musique.

La musique vit grâce à la tension

Ce que j’aime dans la musique, c’est ce jeu permanent entre tension et résolution. Une mélodie semble vouloir aller quelque part. Un accord appelle le suivant. Une légère tension apparaît puis se résout. C’est ce mouvement qui crée le relief, l’émotion et l’intérêt. Dans beaucoup de musiques dites « relaxantes », ce mécanisme est réduit au minimum. Les accords changent peu, les progressions restent très prévisibles et les dissonances sont soigneusement évitées. L’objectif est clairement de ne jamais perturber l’auditeur.

Mais pour moi, lorsqu’il n’y a plus de tension, il n’y a souvent plus grand-chose à attendre non plus.

Mon cerveau finit par s’ennuyer

Quand j’écoute de la musique, je ne suis jamais totalement passif. Sans même m’en rendre compte, j’anticipe la note suivante, le prochain accord, le prochain changement de rythme. J’imagine où la musique va m’emmener. Quand un morceau confirme ou déjoue ces attentes, cela maintient mon attention et suscite une réaction émotionnelle. À l’inverse, lorsqu’une pièce reste pratiquement immobile pendant plusieurs minutes, ce mécanisme tourne à vide. Tout devient prévisible.

J’ai alors l’impression de recevoir un flux sonore continu sans pouvoir vraiment m’y accrocher. Un peu comme regarder quelqu’un mélanger des cartes pendant une demi-heure sans jamais commencer la partie.

Trop de douceur finit par devenir uniforme

Les musiques d’ambiance recherchent souvent une consonance quasi permanente. Tout est lisse, rond et confortable. Pourtant, j’ai toujours eu l’impression que la consonance n’avait de valeur que parce qu’elle s’oppose à la dissonance. Le repos est agréable parce qu’il succède à une tension. Si tout est repos du début à la fin, mon oreille finit par ne plus le percevoir comme tel. C’est un peu comme entrer dans une pièce très parfumée : au début on remarque l’odeur, puis elle disparaît progressivement de notre conscience.

La musique devient alors une sorte de papier peint sonore. Certains adorent cela. Personnellement, j’ai souvent l’impression qu’il manque quelque chose d’essentiel. Je préfère le silence.

Le petit problème du « détends-toi »

Je pense aussi que le contexte joue un rôle. La musique de spa est rarement une musique que j’ai choisie. Elle m’est imposée avec un message implicite : « Ceci est relaxant. Tu es censé te détendre maintenant. » Or, j’ai remarqué que plus on essaie de me dicter ce que je suis censé ressentir, moins cela fonctionne. Si la musique ne correspond pas à ma sensibilité, cette injonction discrète produit parfois l’effet inverse. Je me focalise davantage sur ce qui m’ennuie ou m’irrite.

Nous sommes une espèce assez étrange sur ce point.

Une question de manière d’écouter

Je ne pense pas que tout le monde réagisse de la même façon. Les personnes qui jouent d’un instrument ou qui écoutent beaucoup de musique de manière attentive développent souvent une sensibilité particulière aux harmonies, aux structures et aux évolutions. Même inconsciemment, elles attendent un certain mouvement. Lorsque rien ou presque ne se passe pendant plusieurs minutes, cela peut créer une frustration comparable à celle d’une histoire qui ne commencerait jamais.

Cela ne signifie pas que la musique est mauvaise. Cela signifie simplement qu’elle ne correspond pas à ce que cet auditeur recherche dans l’expérience musicale.

Et si la vraie détente était ailleurs ?

Avec le temps, j’en suis arrivé à penser que la relaxation musicale ne passe pas forcément par l’absence totale de tension. Certaines musiques lentes et apaisantes conservent une vraie richesse harmonique. Je pense à certains morceaux de jazz, de musique de film, de piano contemporain ou de folk acoustique. Elles offrent suffisamment de mouvement pour maintenir mon attention sans créer de stress. Mon cerveau reste engagé, mais sans être sollicité en permanence.

C’est peut-être cela, finalement, le véritable équilibre : assez de stabilité pour apaiser, assez de mouvement pour rester vivant.

Conclusion

Si les musiques dites relaxantes m’ennuient parfois, ce n’est probablement pas parce qu’elles sont mauvaises. C’est simplement parce que mon cerveau attend davantage qu’un simple fond sonore. Pour moi, la musique n’est pas seulement une question de calme. C’est aussi une question de parcours, de contraste et d’attente. La détente ne naît pas forcément d’une absence totale de tension. Elle naît souvent d’une tension légère, maîtrisée, qui continue à faire avancer la musique sans jamais devenir envahissante.

Et, pour être tout à fait honnête, il m’arrive de trouver le silence plus reposant qu’une flûte doucereuse accompagnée d’une cascade enregistrée en boucle pendant quarante-cinq minutes.

Pause estivale

Pause estivale

MusicNomad Acousti-Lok : une solution intelligente

Quand on joue de la guitare acoustique amplifiée, un petit détail peut vite devenir une source de stress : la fixation de la sangle autour de la prise jack. En effet, l’axe de la prise Jack est plus large qu’un endpin normal et il faut souvent entailler la sangle pour qu’elle s’enfile facilement. La sangle donne toujours l’impression de vouloir glisser. Peu de systèmes de verrouillage sont compatibles avec une sortie amplifiée. Mais, entre les systèmes approximatifs, les points de fixation déportés ajoutés à la sauvage, les sangles qui bougent et la peur de voir sa guitare tomber en plein morceau, beaucoup de guitaristes cherchent une solution fiable et élégante. Le MusicNomad Acousti-Lok est-il LA solution ?

Le MusicNomad Acousti-Lok est un accessoire pensé pour sécuriser la sangle sur les guitares acoustiques équipées d’un préampli ou d’une sortie jack au niveau de l’attache arrière. Il permet de déplacer le point de fixation vers un endroit un peu plus favorable mécaniquement, tout en évitant de « massacrer » l’extrémité de la sangle.

Un produit bien conçu et qualitatif

Dès la prise en main, le Acousti-Lok inspire confiance. La fabrication est sérieuse, les matériaux sont robustes et l’installation reste relativement simple. On sent que MusicNomad a voulu proposer quelque chose de durable, propre et pensé pour les musiciens qui jouent régulièrement sur scène ou en répétition. Et sur plusieurs points, il mérite clairement sa bonne réputation.

Le système est fabriqué en laiton massif (solid brass), ce qui renforce cette impression de qualité et de solidité. Ce choix de matériau apporte à la fois robustesse et durabilité, sans donner une sensation “cheap” que l’on retrouve parfois sur certains accessoires. La finition ne souffre d’aucune critique, tout est lisse et net.

L’idée est excellente : remplacer le montage parfois bancal de certaines sangles acoustiques par un système plus stable et mieux maintenu autour de la sortie jack.

Autre point appréciable : le Acousti-Lok existe en plusieurs versions selon le type de filetage utilisé par votre système de préampli. On retrouve notamment :

  • une version en filetage impérial, compatible avec de nombreux systèmes Fishman et assimilés ;
  • une version métrique, adaptée notamment à certains modèles LR Baggs.

C’est un détail important, car toutes les sorties jack d’acoustiques ne partagent pas le même standard.

Pour beaucoup de guitaristes, c’est probablement une vraie amélioration :

  • meilleure stabilité ;
  • sensation de sécurité ;
  • installation plus propre ;
  • moins de risque que la sangle glisse.

Le montage est hyper-facile. On dévisse le bouchon, et on visse l’Acousti-Lok à la place. Au besoin, on dévisse les écrous pour pouvoir ajuster l’orientation du point de fixation. Je l’ai orienté dans l’axe de la sangle pour m’assurer de ne pas exercer de torsion ou de tensions hors axe.

Ce qui m’a moins convaincu

Même si je reconnais les qualités du produit, je dois avouer qu’il ne correspond finalement pas totalement à ma manière de jouer. Quand je joue amplifié, j’ai pris l’habitude de faire passer mon câble jack à travers la sangle. C’est un réflexe que beaucoup de musiciens ont : en cas de traction accidentelle sur le câble, cela évite de tirer directement sur la prise de la guitare. Psychologiquement, et parfois mécaniquement, c’est plutôt rassurant.

David van Lochem en concert.

Comme le Jack passe au travers de l’œillet de la sangle, impossible qu’elle glisse et se détache. Avec l’Acousti-Lok, cette habitude devient moins naturelle pour moi, puisque le système modifie justement cette zone autour de la sortie jack.

Autre détail plus concret : ma sangle est assez épaisse (c’est une Martin Ball Glove Natural Leather). Une fois installée avec le système, l’extrémité de la sangle se retrouve légèrement dans le chemin lorsqu’on veut brancher le jack. Ce n’est pas dramatique, mais suffisamment présent pour casser un peu le confort d’utilisation au quotidien.

Je ne vois pas l’intérêt d’ajouter encore une extension à l’extension pour écarter encore plus le bout de ma sangle. Le branchement reste possible, évidemment, mais on sent que l’ensemble devient plus encombré autour de la prise. Je déteste tâtonner autour du trou, surtout en public.

Un très bon produit… selon vos habitudes

Au final, le MusicNomad Acousti-Lok reste un accessoire sérieux, bien fabriqué et pensé intelligemment. Je comprends totalement pourquoi beaucoup de guitaristes l’apprécient. Et je pense qu’il est recommandable.

Simplement, dans mon cas, certaines habitudes de jeu et l’utilisation d’une sangle épaisse font que je préfère finalement une configuration plus classique. Je le trouve beau, bien pensé et efficace. J’aurais voulu l’aimer parce que je n’ai pas grand-chose à lui reprocher. 

Comme souvent avec le matériel guitare, ce n’est pas seulement une question de qualité : c’est surtout une question de confort personnel, d’habitude et de façon de jouer. Et c’est aussi ça qui fait le charme du matos acoustique : chacun finit par trouver son propre équilibre entre praticité, sécurité et sensations.

J’avais un don, et puis j’ai eu quinze ans

Petite larmichette du matin avec la chanson Baker d’Aimee Carter. Cette chanson parle du talent qu’on ressent, enfant, quand, porté par tout son entourage, on croit le monde trop petit pour contenir tout ce qu’on voudrait réaliser. Et on ne doute pas un seul instant que tout est possible par la seule force de la volonté associée au don qu’on pense naturellement posséder.

Il était une fois, j’étais pâtissière
Et tout le monde était impressionné
Mais je n’avais pas besoin d’être approuvée, car je savais déjà que j’étais la meilleure
Tout ce que je faisais était un chef-d’œuvre
Tout avait un goût divin
Mais malheureusement, j’ai eu sept ans

Que dirais-je à mon jeune moi de 15 ans ?

Bon, je pense que là j'ai plutôt 17 ans, mais vous avez l'idée...

Bon, je pense que là j’ai plutôt 17 ans, mais vous avez l’idée… bien porter la moustache, c’est aussi un don.

Tu as un don, prouve-le et travaille, p’tit con !

Oui, je ne serais pas tendre avec mon moi jeune, il le mérite. Je me suis beaucoup contenté de jouer « pas trop mal » les premières mesures de beaucoup de trucs. Ma vitesse et ma facilité à apprendre étaient ce qui me définissait. Je voulais impressionner. On me disait que j’étais « doué » et c’était largement assez.

Je me souviens de mon premier Everest, le morceau « Bermuda Triangle Exit » que je voulais absolument jouer en entier. Quand j’y suis parvenu, j’ai ressenti une fierté toute différente, parce que je ne l’avais pas fait pour impressionner, mais parce que je voulais jouer ce morceau.

Jacques a dit, Jacques n’a pas dit !

Écoute ton maître. Fais attention aux raccourcis. N’y va pas « au talent ».

  • zapper une basse “parce que ça passe quand même”
  • changer un doigté pour quelque chose de plus confortable
  • bricoler une version “à peu près”

Sur le moment, ça marche. Tu joues plus vite, tu te sens progresser… mais c’est une illusion.

Parce qu’un jour, tu vas te retrouver bloqué. Là, tu vas devoir revenir en arrière, déconstruire ce que tu as appris, et réapprendre correctement. Ça, c’est mille fois plus frustrant que de prendre le bon chemin dès le départ.

Sers-toi des outils !

Tu crois que jouer de la guitare, c’est juste “toi et ton instrument”.
Mais en réalité, tu as plein d’alliés — et tu ne les utilises pas assez.

  • métronome, toujours
  • travaille en boucle les passages difficiles au lieu de rejouer le morceau entier
  • utilise un accordeur (toujours… vraiment toujours)

Même les pros utilisent ces outils. Ce n’est pas de la triche, c’est du travail intelligent.

Alors, arrête de jouer “au feeling” tout le temps.

Un jour tu découvriras des outils super :

  • te filmer pour voir ce que tu fais vraiment (spoiler : ce n’est jamais exactement ce que tu crois)
  • ralentir les morceaux avec une app

Structure un peu ta pratique et tu vas progresser beaucoup plus vite que tu ne l’imagines.

T’as un don ? Vraiment ?

À 18 ans, tu vas te poser la question : « Est-ce que j’ai du talent ? Est-ce que je suis fait pour la musique ? »
Tu vas regarder d’autres guitaristes, et certains vont te sembler… naturels. Fluides. Comme si tout était facile pour eux. Et toi, à côté, tu galères. 

Alors tu vas te dire : “eux ont un don… moi non.” Mais laisse-moi te dire un truc que tu ne comprends pas encore : le “don”, c’est souvent juste des heures que tu ne vois pas.

Ce que tu prends pour du talent, c’est :

  • quelqu’un qui a répété lentement pendant des semaines
  • quelqu’un qui a corrigé ses erreurs au lieu de les ignorer

C’est construit. Note après note. Jour après jour.

Et toi aussi, tu peux y arriver. Pas parce que tu es “doué”… mais parce que tu es prêt à faire le travail. Peut-être que je me donnerais la petite pichenette dans le dos qui m’a manqué pour vraiment y croire à cet âge là. Mais bon, ce n’était pas l’ambiance « mange la vache enragée et affronte le monde », c’était plutôt « voilà ton steak avec des frites et range ta chambre ».

Un jour, tu joueras devant des gens. Prépare-toi.

Concert à Limelette

Même si aujourd’hui, tu joues seul dans ta chambre, porte fermée, sans oser trop faire de bruit… ça ne restera pas comme ça. Un jour, quelqu’un va te dire : “Vas-y, joue un truc.” Puis un jour tu joueras en enchaînant les trucs. Et jouer devant quelqu’un, c’est une autre compétence. Et ça, tu dois t’y préparer.

Commence petit :

  • joue devant un ami
  • enregistre-toi comme si c’était une performance
  • joue sans t’arrêter, même si tu fais une erreur

Parce que sur le moment, tu ne pourras pas recommencer. Tu devras continuer, garder le rythme, sauver le morceau.

Mais bonne nouvelle : ça s’apprend. Plus tu t’exposes, plus ça devient naturel. Et un jour, tu prendras même du plaisir à jouer devant d’autres.

Alors ne reste pas caché trop longtemps. Ton jeu et tes compositions méritent d’être entendus.

Ah oui, une dernière chose, avant que j’oublie, ne monte pas sur une scène ce soir-là dans un bar à Virton, sans savoir ce que tu vas jouer. Ça va te traumatiser un bon moment.

Mais je ne pense pas que je lui dirai que la guitare lui fera rencontrer sa future femme. J’ai peur que ça ne brise le naturel de la rencontre de nos deux âmes sœurs.

 

Entrer dans la lumière… et manquer de relief.

Vous l’avez peut-être remarqué : l’image des films et des séries a changé. Pas juste un peu. Radicalement. Aujourd’hui, les visages sont souvent éclairés de face, de manière uniforme, presque clinique. Plus d’ombres marquées, plus d’ombre sur un profil. De la lumière partout. Pas de contrastes sculptés.

Résultat ? Des visages parfaitement visibles… mais étrangement sans relief. Comme dans un spot publicitaire où le soleil ne vient de nulle part tout en étant partout et où les fenêtres baignent la pièce d’une lumière sans ombre à 360 degrés. C’est clinique, voire chirurgical.

Ma maigre expérience de vidéaste et de photographe m’a mis dans l’œil une sensibilité à cette évolution. Au point que parfois je peine à m’immerger totalement dans certaines productions récentes. C’est un sujet à débat, j’en conviens.

La lumière : le clair obscur et l'éclairage pleine face (image générée par IA).

La lumière : le clair-obscur et l’éclairage pleine face (image générée par IA).

Quand la lumière racontait quelque chose

Avant, la lumière n’était pas là uniquement pour “voir” les acteurs et leur plastique. Elle servait à raconter. Dans le cinéma classique, ou même encore dans les années 90–2000, l’éclairage jouait avec les ombres. Un visage pouvait être à moitié plongé dans le noir. La lumière sculptait une ride, une pommette, un regard.

On parle parfois de “lumière Rembrandt” (inspirée du peintre Rembrandt), avec ce triangle lumineux sur la joue opposée à la source. Ce genre de technique donnait du volume, de la tension, du mystère. Du clair-obscur tranché au modelé plus délicat, la lumière était un langage. Les silhouettes se détachaient parfois sur un fond lumineux. Il arrivait qu’un visage en ombre chinoise nimbé de la fumée d’une cigarette habite toute une scène de sa présence.

Aujourd’hui ? On éclaire tout. Partout. Tout le temps à 360°, comme une salle d’opération.

La tyrannie de la visibilité parfaite

Les acteurs sont désormais souvent éclairés pleine face, avec des sources larges et diffuses. Pas d’ombre dure, pas de contraste violent. C’est flatteur, oui. Ça gomme les défauts. Ça passe bien sur tous les écrans, du smartphone à la télé 4K mal calibrée du salon.

Mais ça tue aussi quelque chose : la profondeur. Un visage éclairé de manière identique des deux côtés perd son modelé. Il devient une surface. L’émotion passe moins par les volumes, plus par le jeu pur… et parfois, ça ne suffit pas.

Des visages pâles dans un monde à la lumière désaturée

Autre évolution : la couleur. On est passé d’images chaudes, parfois saturées, à une esthétique plus froide, plus neutre, voire carrément désaturée. Les teintes chair deviennent plus pâles, presque poudrées. Les contrastes de couleur s’effacent. Tout semble un peu… aseptisé. Exit aussi, l’esthétique des films allemands ou anglais avec leur éclairage tirant vers le vert tungstène avec des touches jaune-orangé en accent. 

La lumière et la couleur : deux salles, deux ambiances (image caricaturale générée par IA).

La lumière et la couleur : deux salles, deux ambiances (image caricaturale générée par IA).

La technique aurait surmonté certaines difficultés du passé ? Certains pointent du doigt l’éclairage LED. C’est tentant, mais simpliste. Les LED peuvent produire une lumière chaude, froide, dure ou douce. Il est vrai que les scènes de nuit ont été radicalement modifiées par l’éclairage LED. Elles sont neutres et plus jaune-bleu comme par le passé.

Mais le problème n’est pas l’outil, c’est l’intention derrière.

Des choix esthétiques… et industriels

Ce changement n’est pas un accident.

  • Les plateformes de streaming veulent une image lisible partout, même sur des petits écrans ou une tablette à l’écran rempli de reflets qu’on regarde distraitement sous un ciel clair
  • Les workflows numériques favorisent la cohérence et la rapidité
  • Les étalonnages sont pensés pour des écrans variés
  • Et accessoirement, personne ne veut que son acteur principal paraisse fatigué à l’écran. Au prix de la chirurgie esthétique, chaque centimètre carré de peau doit être rentabilisé.

Donc on éclaire plus, plus uniformément, plus “proprement”. Et, au passage, on perd une partie du langage visuel du cinéma. Même les rares zones d’ombre scénaristiques doivent maintenant être rendues explicites dans les dialogues pour les mal-comprennants.

Moins d’ombres, moins de mystère

L’ombre, c’est ce qui crée le doute, la tension, la profondeur. Quand tout est visible, tout est expliqué. Et quand tout est expliqué… il reste moins à ressentir. 

C’est un peu comme une guitare compressée à mort : chaque note est claire, parfaitement audible… mais la dynamique a disparu. Le relief aussi.

Un parallèle (osé ?) avec la musique

C’est exactement ce qui se produit en musique quand on compresse trop, quand on nettoie à l’excès, quand on cherche la perfection sonore au détriment du grain. Un son trop propre devient vite sans caractère. Une guitare sans aspérités finit par perdre sa voix. La lumière, comme le son, a besoin de respirer. Elle a besoin de zones plus sombres pour que les zones lumineuses existent vraiment.

Retrouver le relief

Il ne s’agit pas de dire que tout était mieux “avant”. Mais peut-être de rappeler que la technologie ne devrait jamais dicter seule l’esthétique. Entrer dans la lumière, oui. Mais pas au point d’effacer les reliefs, les contrastes, les zones d’ombre qui font toute la richesse d’un visage, d’un plan… ou d’un morceau de musique. J’aime certains réalisateurs qui osent encore plonger une armée dans le noir et ne l’éclairer qu’au moment des explosions, comme dans le Dune de Villeneuve, par exemple. Ou les lumières du film « Une bataille après l’autre » avec du grain et de l’ombre, des reflets et même de la poussière dans l’air.

Parce qu’au fond, que ce soit à l’image ou à la guitare, ce sont souvent les imperfections, le grain, le relief, les tensions et les contrastes qui rendent une œuvre plus vivante et plus proche de nous.

UPDATE : apparemment cette réflexion m’a sans doute été involontairement inspirée par un débat autour de la nouvelle série Harry Potter. L’ai-je vue dans mon fil, sur un site que je suis ? En tout cas, le plug était involontaire ou inconscient de ma part.